Barcelone – Votre mélodie

Votre mélodie

Comment est le paradis ? On peut demander à quelqu’un : « Qu’est-ce que le paradis ? » « Oh, c’est vraiment agréable. La température y est constante. Jolis nuages. Ceci d’or, cela d’or. Une myriade d’anges papillonnent avec des harpes. »

Certains pianos ont un clavier de 88 touches. Des notes les plus basses aux plus hautes. Toutes les mélodies jouées sur ce piano seront contenues dans ces notes. Toutes les notes susceptibles d’être jouées, c’est le maximum. Il n’y en a pas plus, il n’y en a pas moins. C’est tout. Tout doit être inclus dans ces touches. C’est la gamme. Alors si quelqu’un vous disait : « Oh,  appuyez sur toutes les touches en même temps, ainsi vous jouerez toutes les mélodies. » Vous le savez, il y a un tas de  méthodes différentes. Comment jouer du piano, comment jouer de la guitare. J’ai une méthode facile. Prenez un morceau de bambou, entaillez-le de façon à ce qu’il puisse jouer toutes les notes à la fois. Mettez-le sur le piano, et jouez-en. Là, vous venez de jouer toutes les mélodies qui peuvent être jouées au piano. Techniquement, c’est vrai. Mais en fait, ce n’est pas le cas. Pourquoi pas ? Parce que ce ne sera pas beau, ce sera dénué d’émotion.

Une mélodie ne consiste pas uniquement à appuyer sur des touches, il y a aussi les silences entre les notes. C’est ce qui définit une mélodie. Le silence est tout aussi important. Si vous appuyez continuellement sur les touches, vous avez une sirène d’incendie, pas une mélodie.

Dans cette vie, si vous appuyez sur toutes les notes en même temps et déclarez : « Tout va bien, je joue une mélodie. » Vous vous trompez misérablement. Il n’y a pas de mélodie. Ce n’est qu’un son discordant. Et si la vie ne vous semble pas tout à fait harmonieuse, vous ne vous trompez pas. Elle n’est pas interprétée correctement. Elle a besoin  d’enchaînements, de silences. Elle a besoin d’harmonie, d’émotion. Voilà ce qui constitue une mélodie.

Alors que font les gens ? « Ah ! Je dois faire ceci, je dois faire cela, et cela. » Non, je regrette. Je ne vous dirai pas ce que vous devez faire et ne pas faire. Je vais me contenter de vous dire : Il se passe déjà quelque chose. Le grand évènement est déjà en train. Et il se trouve être la source d’une joie immense.

Quand vous avez trouvé non seulement l’abondance, mais aussi la richesse de cette existence, de ce souffle, de ce cadeau qui entre et sort de vous – certaines personnes, j’en suis sûr se disent : « Oh, c’est trop simple. » Non. c’est en même temps la chose la plus simple et la plus compliquée. Parce que pour défaire – en tant qu’être humain nous ne somme pas doués. Notre compétence consiste à nous égarer. On dit si vous êtes un homme, vous ne demandez pas votre chemin. Ce n’est pas digne de vous. Vous vous perdez continuellement : « Ça va, ça va, je sais où je suis. » Votre compétence est de vous égarer. Être retrouvés ? Défaire tout ça ? Non. L’égo entre en scène. La fierté entre en scène.

« Moi ? Me perdre ? Jamais ! »

Il est facile de s’égarer. Être retrouvé, c’est défaire toutes les choses qui vous ont égaré. En les défaisant, vous trouverez où vous devez aller. Il est facile d’être dans la confusion. Tout ce qu’il y a à faire c’est écouter tout le monde. Trouver quelqu’un à qui parler est très difficile. Bien sûr, une fois que vous avez trouvé la bonne personne, vous trouvez ça incroyablement facile. Mais trouver cette personne – très difficile. Car tout le monde vous a déjà dit qui doit être la personne qu’il vous faut. Elle doit mesurer, un mètre soixante, soixante-dix, un mètre quatre-vingt, deux mètres même. Elle doit être originaire d’Inde, d’Israël, de Chine, des montagnes Himalayennes, doit avoir les cheveux longs, courts, porter des vêtements, ne pas en porter, une longue robe blanche, ou blanc cassé, à manches courtes, longues, en laine. Pas de cuir, ou alors du cuir fait artisanalement, pas acheté en magasin. Et évidemment, si cette personne porte une montre, ça ne peut pas être elle. Elle ne peut pas avoir de montre, elle doit juste savoir l’heure. Et, la sagesse de cette personne ne doit pas être évaluée d’après ce qu’elle sait, mais sur le nombre de fois où elle ferme les yeux. Voyez-vous à quel point c’est troublant ?

Vous croyez que ce n’est qu’une plaisanterie ? Tout ce que j’ai dit est réel. c’est ce que font les gens. Quelles sont les caractéristiques de la personne qui est le véritable guide qui vous montrera le chemin ? N’est-ce pas là le propos du guide ? Quand vous êtes devant les pyramides, doit-il parler du Taj Mahal ? Celui qui vous montre les pyramides doit parler des pyramides. Mais s’il indique les pyramides et dit : « Vous voyez cette chose ronde ? » Et bien il n’y a rien de rond sur les pyramides. « Vous voyez ces choses à l’extérieur ? » Il n’y a rien. Pas près des pyramides. Vous êtes là à vous dire : « Zut, ce doit être moi. Dans le groupe personne ne dit rien, ce doit être moi – tous les autres doivent voir la chose ronde, le dôme. Moi, je ne le vois pas. Donc je ne suis sûrement pas béni. Alors je dois aller demander à Dieu sa bénédiction pour être capable de voir cette chose ronde.

Laissez-moi vous le dire, il n’y a rien de rond sur les pyramides.
Avoir quelqu’un pour vous le faire remarquer – vous faire remarquer l’évidence que vous êtes en vie. Il ne s’agit pas de ce que vous pouvez faire.

Le fait d’être en vie – là réside votre trésor. Votre clarté. Votre compréhension, votre paix. Votre émotion, votre expression.

Votre mélodie.

Prem Rawat