L’instant présent

Prem Rawat parle de la nécessité de tenter consciemment chaque jour, d’être comblés. Il dit : « Quand je suis chez moi dans l’instant présent, je ne suis pas en quête du lendemain, ou de l’instant à venir, parce que c’est un instant dans lequel je pourrais vivre toujours. »

Dans un sens, la vie est trop courte. Ce serait bien si on pouvait faire toutes nos erreurs, les rassembler, aller quelque part, et dire : « Bon, j’ai compris, et je suis prêt ! » Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Du temps nous est donné, mais nous ne savons pas combien. Au début, nous voulons seulement être heureux. C’est tout ce que nous savons. Nous ne  savons rien des responsabilités. Nous ne connaissons ni bien ni mal. Nous ne savons pas ce que c’est d’être humains. Mais nous connaissons la soif d’être heureux – sans chercher à comprendre. De bonnes choses arrivent, et de mauvaises choses arrivent.

Chez l’enfant, le niveau d’optimisme est toujours au beau fixe.

 Bulles

Ce qui a pu arriver la veille est bien arrivé, mais aujourd’hui est là. Les souvenirs ne sont pas gardés, pas de culpabilité. Ce que nous avons fait à ce stade n’était pas prémédité. Nous appelons ça l’innocence, et chacun d’entre nous considère cet état d’être merveilleux.

Ensuite nous passons par le stade d’apprentissage – la routine assommante, le bourrage  d’informations dans notre tête. L’alphabet – A, B, C… On ne sait pas pourquoi A est A. C’est comme ça, un point c’est tout. On ne sait pas pourquoi 1 est 1, c’est comme ça. Et on vous teste là-dessus. Ca n’arrête pas, on vous prépare pour ce monde. Qu’est-ce que ça signifie ? Cela signifie que vous avez abandonné vos idées et que désormais, vous êtes prêt, disposé et capable d’adhérer aux idées que le monde vous donnera, votre façon de croire en Dieu incluse. On appelle ça responsabilité. J’appelle ça : « Le saut périlleux de la foi. »

Alors une chose extraordinaire survient. Ca n’arrive pas à tout le monde, seulement à certaines personnes. Elles rencontrent quelqu’un qui dit : «  « Le saut périlleux de la foi n’est pas nécessaire. Inutile de sauter, contentez-vous de ressentir – ressentez votre propre soif. » « Quoi ? » Elles trouvent l’idée neuve, mais elles la voient dans leur innocence. « Le bonheur, la joie que vous voulez dans la vie, est en vous, et la soif de cette sensation est aussi en vous. »

Ensuite ces personnes demandent : « Est-il possible que ce soit aussi simple ? »

Oui, c’est possible. Parce que vous avez besoin d’entendre, vous avez des oreilles. Parce que vous avez besoin de respirer, vous avez un nez. Vous avez besoin de voir, et des yeux vous ont été donnés. Si vous avez besoin de cette plénitude – non pas que vous la voulez, mais que vous en  avez besoin – la soif de cette plénitude vous a aussi été donnée.

Trouvez la soif. C’est le premier chapitre – reconnaître, comprendre votre propre innocence. Et pas par concepts, pensées, idées ou poussé par quelqu’un d’autre. Le besoin de plénitude est en vous, – pas dans votre logique, mais dans l’innocence du cœur. C’est là que vous le trouverez, et c’est par là que vous devez commencer. Si nous avons soif et allons chercher de l’eau, rien ne nous distrait : « Tu as vu cet oiseau ? Et ce rocher. Oh regarde cette trainée dans le ciel. » Non. L’eau, l’eau, uniquement l’eau. C’est un besoin, une passion.

La vraie passion de l’être humain est d’être heureux. Cette passion a survécu à toutes nos découvertes, bouleversements, réussites, échecs, désastres, catastrophes. Malgré son apparente fragilité, il a survécu. En tant qu’êtres humains nous sommes de plus en plus préoccupés d’armes de destructions, à aller sur la lune, cartographier la terre, inventions et découvertes – on pourrait croire que cette passion serait oubliée. Des langues ont été oubliées ; des coutumes qui avaient perduré des milliers d’années ont été oubliées. Mais curieusement, la quête de bonheur a survécu. Pourquoi vous dis-je ceci ? C’est un besoin plus grand que vous n’imaginez. Il est démesuré. Et vous pouvez essayer chaque jour, consciemment, d’être comblé, d’être heureux. Il n’y a pas de touche rembobinage.

Quand je suis  chez moi dans cet instant appelé le présent, je sens mon cœur danser de gratitude. Peut-être les larmes viennent-elles, mais ce sont des larmes de joie, pas de tristesse. Chaque fibre de mon être se réjouit d’être en vie. Je ne suis pas en quête du lendemain, ni même de l’instant à venir. Et c’est parfait, car c’est un instant dans lequel je pourrais vivre toujours.

Prem Rawat